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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 00:10

 musicien indes  Dans le défi 73 proposé par Tricôtine, la voix qui termine mon récit parle du chemin que chacun d'entre nous doit suivre: le sien et nul autre. Il me semble que ce court conte complète ma participation. Je suis heureuse de la partager avec vous.

 

Quand Rutajit eut quinze ans, ses parents l'envoyèrent auprès d'un grand Maître pour en recueillir les enseignements. Chaque jour, ils se retrouvaient à l'aube dans le temple et Rutajit questionnait. C'était ainsi. Le Maître  enseignait, Rutajit questionnait. Un matin, le jeune homme dit:

- Maître comment savoir qui je suis ?

Le Maître lui sourit avec bienveillance, sembla réfléchir et répondit:

- Pour savoir qui tu es, tu dois être fort. Va, découvre le monde et cherche qui tu es.

L'élève quitta le temple et partit chercher la force. Au bout d'un an, il revint et clama :

- Maître, je suis fort.

Et pour le montrer, il rangea des troncs d'arbres énormes qui avaient été coupés. Il en fit un tas en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

- C'est bien, lui dit le Maître. Tu es fort. Mais pour vraiment savoir qui tu es, tu dois être intelligent aussi. Va, découvre le monde et cherche qui tu es.

L'élève quitta le temple et partit chercher l'intelligence. Au bout de deux ans, il revint et clama :

- Maître, je suis intelligent.

- Bien, répond le Maître. Prends ce livre.

Et il lui tendit un livre épais et difficile à comprendre.

- Reviens m'en parler dans trois heures, ajouta-t-il.

L'élève quitta le Maître et s'installa contre un arbre pour lire le livre. Il revint au bout de trois heures et ils parlèrent ensemble de ce livre d'égal à égal, toute la nuit.

Au matin, le Maître s'adressa à l'élève ainsi :

- Tu penses peut-être savoir qui tu es... mais le sais-tu vraiment? tu es fort, tu es intelligent... c'est bien...  mais pour savoir qui tu es, tu dois également être sensible. Va, découvre le monde et cherche qui tu es.

L'élève repartit de par le monde pour trouver la sensibilité et pendant trois ans, il la chercha. Il revint enfin auprès de son Maître après toutes ces années.

- Maître, je suis sensible !

- C'est bien, répond le Maître, tu es fort, intelligent, sensible ... mais pour vraiment savoir qui tu es, tu dois être rigoureux...

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase. L'élève, pour la première fois, lui coupa la parole et s'exclama :

- Non, non et non, cela suffit ! Je suis qui je suis !

Le visage du Maître se fendit alors d'un large sourire bienveillant.

- Je n'ai plus rien à t'apprendre. Va ton chemin et suis bien le tien.

 

Conte entendu par Magali Frachon

 

  J'ai eu envie d'appeler l'élève Rutajit "conquérant de la vérité", il n'avait pas de nom dans le conte tel que je l'avais entendu.

 

 

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 10:42

 

 

 

 

 

 

 

Prenez le temps d'écouter cette très belle chanson de La Talvéra avant de lire la légende

 

 

Peu après Marseille, il y a l'Etang de Berre. On le connaît pour ses raffineries, ses cheminées puantes, son paysage défiguré. Un autre étang, l'étang de l'Olivier communique avec lui. Ah ! l'étang de l'Olivier ! Combien de pêcheurs aiment à y taquiner le poisson ! Istres est tout près et si la ville a gardé une partie ancienne joliement restaurée, il n'en reste pas moins qu'un village se tenait ici, tout près des rives, et qu'il a disparu. Reste une légende.Elle ne nous raconte pas comment le village disparut mais elle nous relate les tragiques évènements que ses habitants durent affronter.

 

Il y a bien longtemps de cela, un peuple de bergers s'était sédentarisé  ici. La vie au bord du lac était frugale mais facile. Les hommes gardaient les bêtes, cultivaient un peu la terre, fabriquaient leurs outils. Il ne manquait ni pierres, ni bois, pour bâtir leurs cabanes ni jonc pour tresser des paniers. La vie s'écoulait heureuse au bord de l'étang. Les femmes aidaient les hommes, s'occupaient des enfants, cuisinaient, lavaient le linge, et chantaient. Quant aux enfants, tant que leur âge le leur permettait, ils faisaient comme tous les enfants du monde, ils ne pensaient qu'à jouer. 

 

Hélas, un jour, cette vie paisible fut troublée par de terribles évènements. Un beau matin, Toinette partit avec sa corbeille de linge. A midi, elle n'était pas rentrée. A la nuit tombée, ne la voyant toujours pas venir, son époux partit à sa recherche. Il retrouva la corbeille, le linge, mais de Toinette nulle trace. Personne ne la revit jamais.

Le lendemain, perplexes, les habitants la cherchaient toujours. En vain. Ils en conclurent qu'elle était tombée dans l'étang et s'était noyée. Le soir même, alors qu'il faisait nuit noire, les moutons, dans l'enclos, poussèrent des bêle ments épouvantables. Les villageois se précipitèrent hors des cabanes pour voir ce qui se passait, ils craignaient la présence des loups qui étaient encore nombreux dans les parages. Le chef du village avait allumé une torche de résine pour mieux voir et les effrayer. Les loups, tout le monde le sait, ont peur du feu. Mais de loups, nulle trace. Pourtant les moutons apeurés bêlaient, effrayés.  Lorsqu'ils les comptèrent, ils s'aperçurent qu'il en manquait deux.

Le lendemain soir, la scène se reproduisit, et la nuit suivante encore. Ils décidèrent donc de monter la garde armés de bâtons et de fourches, protégés par des torches enflammées. Bientôt, l'agitation dans l'enclos devint palpable, les hommes furent aux aguets. Le bruit de piétinement se fit plus fort, plus bouillonnant. L'intensité des bêlements augmenta. Les hommes se levèrent rapidement, fouillant du regard l'obscurité environnante, tendant l'oreille, attentifs au moindre craquement de feuille.

Pas un craquement, pas un mouvement ne les en  avertit. Une gigantesque bête ailée, mi serpent mi lézard surplomba l'enclos, ouvrit une gueule énorme et se saisit de deux brebis. Elle disparut comme elle était apparue. Les hommes d'abord pétrifiés, coururent vers leurs cabanes pour s'y mettre à l'abri. Ils eurent  beaucoup de mal à raconter ce qu'ils avaient vul. Ils tremblaient tant que leurs dents s'entrechoquaient. Comme l'animal ressemblait à un énorme serpent ailé, ils l'appelèrent la "couloubre".

Les tours de garde furent doublés, les moutons comptés et recomptés, rien n'y fit. Nuit après nuit, la bête venait et se servait. Un enfant, puis un deuxième disparurent également alors qu'ils jouaient sur la berge de l'étang. Des femmes fure nt attaquées et ne survécurent que grâce à leur promptitude à s'enfuir.

Rien ni personne n'était plus à l'abri. Nos bergers ne savaient plus à quel saint se vouer. La bête monstrueuse semblait vivre au fond du lac. Elle en surgissait sans prévenir. Elle était capable de déployer ses ailes et de se poser dans n'importe quelle partie du village. Sa peau recouverte d'épaisses écailles grisâtres lui faisait une armure qui la rendait invulnérable. Les choses ne pouvaient plus durer. Les bergers n'auraient bientôt plus de troupeau.

Ils tinrent conseil. Ils avaient bien compris qu'ils ne viendraient pas à bout de la couloubre tout seuls. Une délégation fut envoyée au château du Seigneur de la région. Il accepta de les aider.

Dès le lendemain, trois chevaliers armés guettèrent la bête avec les bergers. Lorsqu'elle bondit hors de l'eau, ils se lancèrent à l'assaut. Elle tua le premier d'un grand coup de sa longue queue. Elle s'enfuit, le deuxième coincé entre ses dents aiguisées comme des poignards. Le troisième chevalier cavala vers le château sans demander son reste et ils ne le revirent plus. Alors les villageois tinrent à nouveau conse il. Ils avaient entendu parler de l'évèque de Cavaillon, Saint Véran. Celui-ci avait débarassé la Sorgue d'une bête tout aussi féroce en l'étranglant avec une chaîne. Ils décidèrent d'envoyer des hommes plaider leur cause et demander son aide. Cette délégation n'attendit pas le matin pour se mettre en route. Il fallait faire vite. Ils marchèrent toute la nuit et une partie du lendemain.

Saint Véran les reçut. C'était un solide gaillard, taillé comme un bûcheron de son Massif Central natal. Il les écouta, hocha la tête et accepta de les accompagner pour essayer, une fois de plus, de terrasser une bête. Il se munit de son goupillon et de la chaîne en fer qui avait étranglé le monstre de la Sorgue.

Le soir suivant lorsque la couloubre jaillit de l'eau et se dirigea comme chaque soir vers l'enclos des moutons pour prélever son dû, elle trouva Saint Véran sur sa route. Il ne l'attaqua pas, mais ne fuit pas non plus. Solidement planté sur se s jambes, il la fixait dans les yeux. Désarçonnée, elle eut un instant d'hésitation, un instant de trop. Saint Véran leva la main qui tenait le goupillon, il aspergea la couloubre d'eau bénite qu'il avait amenée avec lui. Puis, sans trembler, il se jeta sur elle, entoura la chaîne autour son cou et serra, serra, serra jusqu'à ce que la couloubre mit genou à terre. Il reprit alors son souffle. La bête dans un dernier sursaut déploya ses ailes et s'envola loin de là, jusqu'au village le plus élevé, espérant se mettre à l'abri. De son cou blessé tombèrent douze gouttes de sang. Elle mourut au ssitôt posée.


Ce village, vous en avez entendu parler peut-être... Il a pris depuis ce jour le nom de Saint Véran,  c'est la commune la plus élevée d'Europe.

A l'endroit où  les douze gouttes de sang de la couloubre tombèrent, les bergers de la plaine de la Crau prirent l'habitude de faire halte lors de leur longue marche de la transhumance.  Douze arrêts, chaque année, depuis des siècles et des siècles.


Et depuis ce jour-là, Saint Véran est devenu le patron protecteur des bergers.

 

 

 

moutons

 

Je remercie Thérèse qui m'a gentiment donné cette photo pour illustrer cette légende.

 


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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 11:40

 

Il y a dans la culture des Highlands une grande variété de créatures surnaturelles, parfois bienveillantes, d'autres fois terrifiantes, cruelles et dangereuses.

On retrouve dans de nombreuses histoires, deux créatures dont je n'arrive pas à trouver l'équivalent en français. Ce sont les "glaistigs" et les "kelpies", toutes deux "esprit des eaux".


 ecosse-088.jpg 

 Loch Lomond


La "glaistig" est toujours femelle. C'est un être qui vit dans les lochs et les rivières. Elle s'attache particulièrement aux animaux et aux jeunes enfants.

Si elle apparaît aux humains, c'est sous la forme d'un ê tre mi femme, mi chèvre, avec de longs cheveux blonds et vêtue de vert.

Elle surveille les troupeaux de moutons ou de vaches et c'est elle qui, bien souvent, les sauve des dangers qui les menacent.

Lorsque les adultes vaquent à leurs occupations quotidiennes, la "glaistig" s'occupe des enfants. Elle prend soin d'eux et les distrait avec des jeux amusants. 

On pense que ces êtres s'attachent à une famille particulière, un peu comme des anges gardiens.

Les "glaistigs" sont donc pour la plupart bienveillantes et fidèles.

Dans de nombreux endroits des Highlands, on leur prépare des offrandes de lait et de nourriture pour s'assurer que leur loyauté envers ceux qu'elles protègent reste intacte.


Toutefois, certaines "glaistigs" peuvent taquiner et tourmenter les humains, et même, parfois, leur faire du mal.


 

Le "kelpie", appelé aussi "cheval des eaux" est un esprit des eaux différent. Toujours mâle, il est perçu comme malveillant, capable de conduire des innocents à la mort dans les profondeurs des lochs où il les entraîne et leur prendre leur âme.

Bien qu'on dise qu'il peut parfois apparaître aux humains sous la forme d'un homme, il nous apparaît quasiment toujours sous la forme d'un magnifique cheval qui tente le voyageur et l'incite à grimper sur son dos. Une fois qu'il le chevauche, le voyageur ne peut plus descendre, il est comme collé au dos du cheval et conduit sous les eaux. Là, il sera dévoré.

On en trouve parfois la preuve au bord des lochs car le "kelpie" ne mange pas sa victime en entier, il en laisse le foie, parfois le coeur. Il arrive de les découvrir sur la berge lorsque des recherches pour retrouver la personne disparue sont entreprises.

La plupart des "kelpies" apparaissent comme de noirs chevaux mais il y a dans la rivière Spey un "kelpie" qui se montre aux hommes sous la forme d'un cheval blanc.

Les "kelpies" sont tenus pour responsables de la mort de nombreuses personnes qui sont tombées à l'eau et s'y sont noyées, surtout si les corps ne sont pas retrouvés.

La plupart des contes décrivent cette mystérieuse créature dans ses pires aspects, ennemie mortelle des hommes que l'on peut parfois vaincre, mais qu'il faut toujours craindre.

L'histoire du "kelpie" du Loch Garve est différente.

 


ecosse-083.jpg

  Loch Lomond


Si l'un d'entre vous connaît la traduction exacte de ces deux mots, cela me ferait bien plaisir!



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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 04:30

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La petite tzigane hésite, les autres, là-bas, vont bientôt manger, la chercher... elle tourne le regard en direction des roulottes mais, c'est cette nuit, la nuit de la Saint-Jean... Savoir de quoi demain sera fait, prédire l'avenir, devenir riche... l'envie la presse, la crainte soudain... Elle hésite encore et encore puis...

Elle ira, c'est décidé.

Alors, elle avance dans la direction indiquée par la vieille femme, avance sans plus hésiter, tout droit. Les arbres se serrent, les buissons s'épaississent, le sentier rétrécit. Kéja marche d'un pas décidé, court presque. Les branches accrochent sa robe au passage. Elle se dégage vivement, avance encore, tout droit. Soudain, un serpent à l'énorme gueule se dresse au milieu du petit sentier, tête dressée, prêt à bondir. Kéja frissonne, mais ne détourne pas le regard. Elle fixe le serpent et se faufile entre la haie touffue des arbustes et l'animal. Celui-ci disparaît en sifflant sans attaquer la fillette.

Elle accélère. Le sentier est si étroit que les branches égratignent ses bras nus jusqu'au sang. Elle continue sa course sans prêter attention aux épines qui déchirent sa pauvre robe. Ce n'est plus dans la mousse que s'enfoncent ses pieds nus. Les pierres aiguës l'ont remplacée depuis longtemps mais Kéja court maintenant, insensible à la douleur. Tout droit, toujours tout droit... La nuit est de plus en plus sombre. La forêt dissimule les étoiles qui pourraient la guider. Elle court, Kéja, elle court, n'entend même plus son coeur qui bat la chamade et s'emballe ! Elle suit ce chemin montré par la vieille femme, ne pense qu'à la fleur de fougère, échappe peut-être à son destin et court, court...


Et voilà qu'un château fabuleux se profile, brillant des mille feux d'une fête aux chandelles. Il est plus somptueux que tout ce qu'elle avait imaginé ! Une musique plus gaie qu'un violon tzigane qui chante, plus triste aussi qu'un violon tzigane qui pleure parvient à ses oreilles. Elle aperçoit des hommes et des femmes richement vêtus qui dansent et tourbillonnent. Instinctivement elle ralentit le pas, hume le fumet délicieux des viandes grillées qui s'échappe des fenêtres du rez-de-chaussée. Ne t'arrête pas petite tzigane, ne t'arrête pas ! La voix de la sombre grand-mère résonne dans sa mémoire. Tout droit, tout droit... ne t'arrête pas ! Elle reprend sa course, pleine de regrets mais laisse le château derrière elle.


Le bruit d'une cavalcade s'approche, un beau et jeune cavalier monté sur un fier coursier noir approche. Elle court, Kéja, elle court ! Il est de plus en plus proche, sa main tient un bouquet de roses. "C'est pour toi !" crie-t-il.

Kéja est tentée de s'arrêter, de répondre, il semble si aimable et si joyeux ! Ne t'arrête pas, Kéja, le coeur d'une tzigane n'est pas fait pour un étranger aussi beau soit-il ! Cours, cours, tout droit, toujours tout droit! Le cavalier disparaît. Kéja avance encore, elle tend l'oreille, croit entendre... mais oui ! c'est bien une cloche... une église... elle compte les coups... dix... onze... douze...

 


Soudain devant elle, apparaît une fleur magnifique, la fleur de fougère. Elle scintille comme un diamant aux mille facettes, elle est délicate, parfumée.... Elle ne ressemble à aucune autre, et renvoie les reflets de la lune enfin dégagée. Kéja tend la main, va la cueillir, l'effleure...


Elle arrête son geste, la main comme suspendue dans les airs...

Qu'allais-tu faire ? se dit-elle. Es-tu folle, Kéja ? A quelle vie te préparais-tu ? La richesse, les beaux atours, les bijoux ? A quoi bon ? Connaître l'avenir ? Savoir à l'avance de quoi demain sera fait ? Ne plus avoir le bonheur d'espérer ? Ne plus connaître le désir, l'inquiétude, l'impatience ? Ne plus avoir la joie de la surprise ? Rien de nouveau à découvrir ? Laisse là cette fleur de fougère, Kéja !

Qu'importent la faim, le froid, les incertitudes du moment qui vient, l'orage, la pluie, le vent ! Qu'importent les pieds nus, les robes trouées, les cailloux du chemin et les épines des arbres !


Alors Kéja rebrousse chemin en riant, vers les roulottes, sans cueillir la fleur de fougère.

 

 

vacances2006 093

 


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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 00:40

Rz PLANT008

Ce soir, j'ai envie de publier à nouveau ce conte pour le partager avec les amateurs de la Coquille. N'hésitez pas à éteindre le lecteur de musique, tout en bas de l'article pour profiter plus pleinement de la lecture.

C'est un conte tzigane. Il nous vient de Poldavie (Pologne actuelle). Je l'ai découvert dans "Mille ans de contes  tziganes" et c'est le premier conte que j'ai travaillé.

C'est aussi le premier que j'ai osé conter en public, à mes copains de l'association. Et pour une ancienne grande timide, ce n'était pas rien !

  

Pourquoi ce conte ?

Tout d'abord, il y a parmi les élèves de l'école dont je suis directrice pas mal d'enfants gitans sédentarisés dans un camp situé à proximité. Nous accueillons aussi des enfants de forains en mai, juin et septembre. Nous avons avec leurs familles d'excellentes relations.  J'ai beaucoup parlé avec des mamans et je commence à connaître des éléments de leur culture.

Enfin, nous sommes allés voir, il y a deux ans le Cirque Romanès, dont tous les artistes sont merveilleux de joie de vivre. Là encore, j'ai eu l'occasion de discuter avec Alexandre, le patriarche fondateur. Pour lui, les difficultés des gitans sédentarisés viennent de la perte de leur culture, d'un désir de se fondre dans la masse, de se faire oublier... sans y parvenir.

J'ai alors cherché un moyen de les réconcilier avec leurs racines, j'ai trouvé les contes. Celui-ci m'a réellement choisie ! Sans doute parce que je suis profondément éprise de liberté.

Les hommes disent que la fleur de fougère n'existe pas. Mais les hommes disent tant de choses !

Place à l'histoire !

 

Ce soir-là, les roulottes se sont arrêtées à la lisière de la forêt. La soupe d'orties et de viande cuit dans le chaudron. Les femmes préparent le reste du repas. Les hommes se sont resserrés autour du feu qu'ils ont allumé : certains jouent aux dés, un autre fait chanter son violon... Les chevaux, détachés, s'ébrouent et l'on entend vibrer leurs longues lèvres. Les enfants accroupis sur le sol jouent tout en chuchotant, sensibles au silence environnant. La nuit est sombre mais paisible.

Kéja, la petite tzigane, se tient un peu à l'écart, elle écoute la vie nocturne qui s'éveille. Elle est bien, détendue. Tout est si calme ! Elle regarde vers la forêt et soudain se sent irrésistiblement attirée par elle. Elle hésite mais bientôt, n'y tenant plus, elle s'engage sur le sentier qui zigzague vers les arbres touffus. Personne ne fait attention à elle. Ses pieds nus s'enfoncent dans la mousse. L'obscurité s'épaissit car les arbres forment comme une voûte au-dessus de sa tête. Kéjà avance sans crainte. Une chouette pousse un cri. Kéja ne tremble pas, elle avance encore. Le sentier se rétrécit, Kéja avance toujours... Elle pénètre de plus en plus profondément dans la forêt, sans peur... Tout à coup, une clairière apparaît au détour du sentier. Kéja distingue une silhouette sombre sous un énorme chêne, au beau milieu de la clairière. Elle ne tremble pas, s'avance encore un peu. C'est une vieille femme qui est là.

- Vous avez besoin de quelque chose, grand-mère? demande la petite tzigane.

La femme tourne alors la tête et Kéja découvre deux yeux noirs au regard perçant au milieu d'un visage blafard. La bouche est mince, les lèvres décolorées. La femme la fixe un long moment avant de répondre:

-Je n'ai besoin de rien.

Kéja mal à l'aise voudrait s'en aller, rebrousser chemin mais la vieille femme ajoute:

- Tu es bonne, petite tzigane, et généreuse... Laisse moi te révéler un secret, celui de la fleur de fougère qui ne fleurit qu'une fois, la nuit de la Saint-Jean, lorsque les cloches des églises égrainent les douze coups de minuit.

- la fleur de fougère... balbutie Kéja.

- Celui qui la cueille obtient la richesse mais aussi le pouvoir de deviner l'avenir, le sien et celui de tous les autres. Si tu le souhaites, bientôt, tu pourras jeter ta vieille robe trouée. Tu seras riche. Tu pourras te vêtir de vêtements de soie et te couvrir d'or et de pierreries. Ecoute...

Tu avanceras tout droit, par-là.... et la main décharnée indique un chemin, toujours tout droit. Bientôt, un serpent se dressera sur ta route, ne détourne pas le regard, avance toujours, il ne te fera rien.

- un serpent !

- Tout droit, toujours tout droit ! Alors, tu apercevras un château magnifique. Des cuisines te parviendront des odeurs alléchantes de viandes grillées et de pâtisseries. Par les fenêtres ouvertes des salons, tu entendras une musique envoûtante et les bruits d'une fête.  Ne n'arrête pas ! Marche tout droit, toujours tout droit !

- un château ! une fête !

- Tu entendras les sabots d'un cheval, un jeune et beau cavalier t'interpellera, ne tourne pas la tête, ne le regarde pas...

- un cavalier !

- Avance encore, toujours tout droit... Lorsque, tu entendras la cloche d'une église sonner les douze coups de minuit, tu découvriras devant toi la fleur de fougère.

- la fleur de fougère !

- Cueille-la et emporte-la. Tu seras alors riche, très riche ! Et capable de connaître l'avenir...

La petite tzigane voudrait demander des précisions, des explications... elle hésite... regarde dans la direction indiquée par la vieille femme puis tourne à nouveau la tête vers le chêne. Celle-ci a disparu.

      

                                        hyères 041

Je vous raconterai la suite... demain ...


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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 17:37

    vacances2006 093

 

 

On me dit souvent que je suis trop idéaliste, naïve, utopiste... que sais-je encore !

 

" Je suis comme je suis ! " disait Prévert. Et je dois bien dire qu'arrivée à mon âge, ce que j'aime peut-être le plus en moi, c'est d'avoir su garder cette foi en l'autre et en la vie.

J'ai d'abord lu ce conte et il m'a tout de suite enchantée. Ensuite, j'en ai entendu plusieurs versions, toutes très intéressantes. Voici celle que je préfère.

 

Il était une fois un homme qui s'appelait Yacoub. C'était un homme pauvre mais qui vivait heureux et libre, se contentant de peu et rêvant sans cesse. Il aimait le monde et la vie.

Cependant, Yacoub avait un souci : le monde lui paraissait morne, brutal, insensible et sombre. Il en souffrait et se demandait sans cesse :

"Comment faire pour qu'il soit meilleur ? Comment amener à la bonté ces hommes tristes qui vont sans un regard pour leurs semblables ?"

Il ruminait ces questions tout en marchant dans les rues de Prague, sa ville. Il saluait ceux qu'il croisait mais personne ne lui répondait. Et cela l'attristait.

Et voilà, qu'un jour, alors qu'il traversait la grand place toute ensoleillée, il lui vint une idée.

" Et si je leur racontais des histoires ? pensa-t-il. Je connais la saveur de l'amour et de la beauté, je les amènerais sûrement au bonheur ! "

Il grimpa alors sur un banc de la place et se mit à parler.  Des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et des vieux, s'arrêtèrent pour l'écouter, puis reprirent leur route. Yacoub ne se découragea pas.

"On ne peut changer le monde en un jour", pensa-t-il.

Il revint alors le lendemain et se hissa de nouveau sur le banc. Des promeneurs s'arrêtèrent un instant mais moins nombreux que la veille. Certains se moquèrent de lui, il y en eut même pour le traiter de fou ! Il ne les écouta pas.

" Les paroles que je sème germeront un jour, se disait-il. Elles entreront dans les esprits et les éveilleront. Je dois parler, parler et parler encore. "

Il revint donc le jour suivant et le suivant, et ainsi, jour après jour, il continua à s'adresser à ses semblables et à leur conter merveille pour leur offrir l'amour qu'il ressentait. Mais les passants ne s'arrêtaient plus guère, les curieux étaient de plus en plus rares. Il ne renonça pas pourtant.

Il découvrit qu'il ne savait et ne souhaitait rien faire d'autre que conter ses histoires merveilleuses même si elles n'intéressaient personne. Il se mit à les dire les yeux fermés pour le seul bonheur de les entendre sans se soucier d'être écouté. Il se sentit bien en lui-même et ne conta plus que de cette façon, les yeux fermés.

Plus personne ne s'arrêtait. Les passants faisaient même un détour pour passer loin du coin de la place où il se trouvait. Mais Yacoub contait et contait encore, pour le vent, pour les nuages, la pluie et les gens pressés qui l'évitaient.

Ainsi passèrent les années. Un soir d'hiver, alors qu'il disait un conte magnifique dans le froid de la nuit qui tombait, il sentit qu'on le tirait par la manche. Il ouvrit les yeux. Un enfant grimaçant se tenait devant lui.

 -  Ne vois-tu pas que personne ne t'écoute, ne t'a jamais écouté et ne t'écoutera jamais, lui dit le garçon. Quel diable t'a poussé à perdre ta vie de cette façon ?

- Vois-tu, il y a bien longtemps, bien avant que tu naisses, j'étais fou d'amour pour mes semblables, répondit Yacoub. Je voulais les rendre heureux.

- Et alors, pauvre fou, le sont-ils devenus ?

- Non, dit Yacoub en secouant la tête

- Et bien, pourquoi continues-tu ? répliqua le garçon, pris d'une pitié soudaine.

- Je parle toujours, c'est vrai, et je parlerai jusqu'à ma mort. Autrefois, c'était pour changer le monde.

Il se tut un moment, puis son regard s'illumina.

- Aujourd'hui, je parle pour que le monde, lui, ne me change pas.

 


 

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 20:24

fes-maroc.jpgPetite précision:

Je vous ai donné à lire un conte qui s'appelle "Les yeux d'une mère". Je dois préciser que l'histoire n'est pas de moi. Je publie toujours les contes traditionnels dans la catégorie "contes". Ces histoires-là ne m'appartiennent pas. Elles font partie du patrimoine de l'humanité.

"Les yeux d'une mère" est un conte arabe. Je l'ai entendu raconter par une conteuse et je l'ai tant aimé que j'ai décidé de le retranscrire d'après mes souvenirs.  C'est ainsi que se transmettent le mieux les contes et qu'ils sont parvenus jusqu'à nous. Les écrire permet de ne pas les  perdre et de les partager avec vous qui ne pouvez m'entendre ou entendre un autre conteur. Toutefois, n'oubliez pas que le conte est fait pour être dit ! Alors si un conteur ou une conteuse se produit près de chez vous, allez-y, vite ! Je suis sûre que vous serez emballés par ce moment de partage.

J'avais publié ce conte à l'occasion de la fête des mères, ainsi qu'un second "Le coeur d'une mère" que j'avais entendu conter par Magali Franchon. Il m'avait beaucoup touchée et bien qu'il soit cruel je le trouve beau. Je le publie donc pour la seconde fois pour les matelots de la Coquille.


Ouvrez donc votre coeur que j'y dépose mon histoire.

 

Hassan aimait beaucoup Leïla et Leïla aimait Hassan. Mais Hassan aimait aussi beaucoup, beaucoup sa mère qui vivait avec eux. Leïla, elle, détestait la mère d'Hassan. Elle en était jalouse. Aussi harcelait-elle sans cesse son mari :

- Hassan, Hassan, si tu m'aimais vraiment, tu n'accepterais pas qu'une autre femme dicte sa loi sous notre toit !

Alors, malgré son chagrin, Hassan chassa sa mère de la maison. Mais il allait lui rendre visite chaque jour, lui amenait des dattes, du miel...

La jalousie de Leïla n'avait pas de limite, aussi harcelait-elle sans cesse son mari :

- Hassan, Hassan, si tu m'aimais vraiment, tu n'irais plus voir cette méchante femme qui médit de moi !

Alors, malgré sa peine et sa douleur, Hassan cessa ses visites à sa pauvre mère.

La jalousie de Leïla n'avait pas de limite aussi très vite, elle recommença à harceler son mari :

- Hassan, Hassan, si tu m'aimais vraiment tu tuerais cette méchante femme qui torture ma vie et tu me rapporterais son coeur !

Leïla avait pris toute la place dans la tête et le coeur d'Hassan. Alors, malgré sa peine et sa douleur, Hassan prit un couteau et se rendit chez sa mère. Et il tua la pauvre femme et lui arracha le coeur.

Il rentra chez lui en pleurant. Il tenait dans ses mains le terrible trophée qu'il ramenait à Leïla. Mais voilà, qu'aveuglé par ses larmes, il buta sur une pierre, trébucha et laissa échapper le coeur de sa mère qui roula dans la poussière.

Il se baissa pour le ramasser et c'est alors qu'il entendit une petite voix :

- Hassan, mon fils, tu ne t'es pas fait mal au moins !

 

Mon conte je vous l'ai donné à vous de le faire voyager.

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 13:05

On dit que l'amour est aveugle. Vous pouvez être d'accord ou pas, mais je sais, moi, que l'amour d'une mère est particulier. Il suffit pour s'en convaincre de croiser une maman avec son enfant. Elle se plaindra peut-être de son sort, de l'agitation de son petit, de son désordre, de sa paresse, de son insouciance mais essayez un peu d'en dire du mal ! Vous aurez alors face à vous une tigresse prête à en découdre et à défendre avec rage son enfant. Le conte que voici montre la beauté de cet amour.

 

Ouvrez-moi votre coeur que je l'y dépose !

 

Il y avait une mère qui coiffait sa fille chaque matin. Elle peignait sa longue chevelure, la démêlait, la tressait et disait à sa fille : " Tu es belle, ma fille. " Et la fille était contente.

Or, voilà qu'un matin, ses tresses nouées, la fille s'en va à la rivière chercher de l'eau.

 

                   vacances2006 004

 

Elle se penche pour remplir sa cruche. Elle aperçoit son image qui se reflète sur l'onde. Elle se regarde, scrute le visage encore inconnu et elle se trouve laide.

Elle rentre chez elle et elle fait des reproches à sa mère.

- Pourquoi me dis-tu, que je suis belle ? demande-t-elle. Je suis laide, TRES laide ! Laide à pleurer !

Et elle se met à pleurer. Elle pleure tant que ses yeux se voilent. Rien ne peut plus arrêter ses larmes. Et un matin, elle perd la vue.

Sa mère, désespérée consulte tous les médecins les plus réputés, les guérisseurs même, tous se disent impuissants à guérir ce mal.

Un beau jour, après des recherches dans des villes de plus en plus lointaines, elle en trouve un qui se propose d'opérer sa fille à la condition que quelqu'un accepte de faire don de ses yeux. Et, vous vous en doutez déjà, c'est la mère qui donne ses yeux.

La fille est opérée. Un matin, elle se réveille, et elle ouvre les yeux. Elle regarde autour d'elle avec les yeux de sa mère, pardi.

Elle voit son petit lit avec ses draps bien tirés, les murs blancs et froids de la chambre d'hôpital et sur le mur, un miroir.

Elle se lève doucement et s'approche du miroir. Alors elle se regarde.

Et elle se trouve belle.

 

Mon conte je l'ai dit, que dans votre coeur il soit pris.

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 18:40
 

J'ai travaillé aujourd'hui avec mon copain musicien pour mettre en place une intervention que nous ferons dans quelques semaines. Il m'accompagnera pour trois histoires. Je conterai "La mère des contes" en ouverture, sans musique. Du coup, j'ai pensé que certains d'entre vous ne la connaissaient peut-être pas. Je publie donc cet article pour la seconde fois à l'attention des Croqueurs de mots. C'est une histoire qui m'émeut et me trouble.

 

On peut supposer que dès les origines, les hommes ont connu la peur, la surprise, l'inquiétude.... Sans doute, ont-ils souhaité partager ces émotions avec leurs semblables pour moins les sentir peser sur leurs épaules.

Le savaient-ils ? Le pouvaient-ils ? Le sourire comme la grimace les y a aidés. Puis la parole leur fut donnée. Apparut aussi la musique. Un jour, sont venus les contes, partout, tout autour du monde. Ici et là, là-bas aussi, et plus loin encore....

Ces contes que nous pouvons dire et entendre aujourd'hui encore. Ces milliers de contes différents suivant les pays mais qui pourtant se ressemblent tant parfois ! Comment sont-ils nés ? Comment sont-ils parvenus jusqu'à nous ?

 

 

     DSCF7620             Il ét ait un e fois, aux premiers temps du monde, une femme. Une femme triste. Elle avait épousé un bûcheron et vivait avec lui dans une sombre cabane au milieu d'une clairière. Ils vivaient pauvrement et n'avaient d'autres voisins que les bêtes sauvages. Mais ce n'était pas cela qui attristait la femme. Elle aurait pu vivre heureuse dans les bois. Non, ce qui attristait la femme, c'était le caractère ombrageux de son compagnon. Jamais, il ne lui parlait. Jamais il ne riait. Il ne la caressait qu'après l'avoir généreusement rossée et les jours se succédaient dans cette infernale monotonie.

 

Chaque matin, l'homme ouvrait la porte et sortait. Il emportait sa hache et sa scie. La journée, alors, était douce à la femme. Elle voyait le soleil se lever derrière les grands arbres, là-bas vers l'est. Elle vaquait sans crainte. Puis, le soleil s'élevait au zénith juste au-dessus de la clairière. Elle vaquait encore. Lorsqu'elle le voyait s'approcher des grands châtaigniers, de l'autre côté de la clairière, elle savait qu'il allait disparaître. L'ombre soudain recouvrait la forêt. Chaque soir, elle entendait les pas de l'homme approcher. Il ouvrait la porte violemment, posait ses outils, saisissait un lourd bâton de chêne, retroussait ses manches, s'approchait de la femme qui tremblait dans un coin, et la rossait. C'était là sa manière de lui dire bonsoir.

Passèrent mille jours, mille nuits. Mille fois l'homme prit son bâton, mille fois les coups tombèrent sur ses épaules. La femme supporta sans un mot de révolte les mille retours du  bûcheron.

Puis, un jour,  naquit une aurore d'été.

 

Ce matin-là, elle le regarda s'éloigner. Elle posa ses mains sur ses hanches et pour la première fois depuis ses épousailles, elle sourit. Elle venait de sentir, là, au creux de son ventre, tressaillir un souffle de vie.

"Un enfant !" pensa-t-elle, émerveillée et joyeuse.

 Alors elle commença à vaquer pleine d'entrain. A midi, quand le soleil surplomba la cabane, la joie quitta la femme brusquement.


"Misère! pensa-t-elle, qui le protégera si mon mari me bat encore ? S'il me frappe, il risque de le tuer avant même qu'il ne soit né ! Comment le protéger ? En n'étant plus battue ! Mais comment ne plus être battue ?"


Le soleil continua sa course dans le ciel. La femme continua son ouvrage. Elle réfléchit avec tant d'inquiétude et tant d'amour pour son enfant à venir qu'au moment où le soleil atteignait les grands châtaigniers, de l'autre côté de la clairière, elle sentit une idée germer dans son esprit.

Le soleil disparut comme chaque soir. L'ombre recouvrit la cabane. La femme guettait. Elle entendit les pas de son époux se rapprocher. Il ouvrit la porte à la volée, comme tous les soirs, prit son bâton et retroussa ses manches. Il grogna et leva son bras noueux. Alors, elle dit:

"Attends, mon maître, attends ! J'ai appris aujourd'hui une histoire. Elle est belle. Ecoute-la. Tu me battras après."

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait lui raconter mais les mots coulèrent comme une source innocente et rieuse. Et l'homme demeura suspendu à ses lèvres, si léger, si content qu'il en oublia le bâton qu'il avait toujours dans la main. Toute la nuit, la femme parla. Toute la nuit, l'homme écouta, les yeux écarquillés, sans bouger d'un poil. Quand l'aube nouvelle arriva, il poussa un soupir, prit ses outils et s'en alla travailler.

Au soir, il revint. Elle l'entendit ouvrir la porte avec fracas et se précipita:

"Attends mon maître, attends ! Il faut que je te dise une nouvelle histoire. Ecoute-la. Tu me battras après."

A l'instant, un conte neuf naquit de sa bouche surprise. Comme la nuit précédente, l'homme l'écouta, les yeux émerveillés, sans penser au bâton. La nuit passa comme un songe. A l'aube nouvelle, elle se tut. Il vit le jour, se dit qu'il devait partir, prit ses outils et sortit dans la forêt.

Quand le soir revint, une histoire nouvelle prit vie dans la bouche de la femme. Et chaque soir, il en vint une autre. Neuf mois durant, chaque nuit, cette femme conta pour protéger la vie qu'elle abritait dans son ventre. Et chaque soir, neuf mois durant, l'homme l'écouta émerveillé.


Enfin, une nuit, l'enfant vint au monde. L'homme alors connut l'amour. Et quand l'amour fut né, les contes des neuf mois envahirent la Terre.

 

Bénie soit cette femme qui leur a donné vie. Sans elle, seuls les bâtons auraient la parole.


 

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Les contes pour les enfants d'aujourd'hui.......

 

 

 

 

 

 

 


 

 

                               ....... et pour les adultes    

 


car ils parlent à tous !

 

  et l'oiseau[1]...

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 14:05

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  Cliquer pour démarrer la musique

Il était une fois un roi, qui vivait dans le royaume de Leinster en Irlande. Pour le distraire pendant les longues soirées, ce roi avait un conteur. Un excellent conteur. Le meilleur conteur que l'on puisse trouver à des lieues à la ronde. Et le roi en était très fier.

Chaque soir, il le faisait appeler, le conteur lui narrait une nouvelle histoire ou une nouvelle anecdote. Depuis sept ans, il lui en contait même deux par nuit, sans jamais se répéter. Il trouvait toujours du nouveau à raconter et cela distrayait beaucoup le roi. Le souverain l'estimait tant qu'il lui avait fait construire une maison superbe près du palais. Il lui avait donné des chevaux et des chiens... Il vantait ses talents à ses invités et parlait de lui dans les cours étrangères dont il était l'hôte, parfois. Aussi, bien loin du royaume de Leinster, avait-on entendu parler du talent du conteur du Roi de Leinster et de ses histoires.

 

Or, voici qu'un soir, le conteur commença une histoire qui lui semblait très belle lorsque le roi s'écria:


- Non ! Pas celle-ci ! Je la connais déjà ! Raconte-m'en une autre ! Sinon honte sur toi ! Méfie toi de mon courroux !


Le conteur réfléchit un moment, il eut beau fouiller sa mémoire, il ne trouva pas d'autre histoire à raconter. Alors, tremblant, il prit son courage à deux mains et s'adressant au roi, il dit:


- Pardonnez-moi, Sire, mais tout homme a ses faiblesses et ce soir, je ne trouve pas d'autre histoire à vous conter. Je n'arrive pas à rassembler mes idées, je suis troublé. Ne me punissez pas pour une faiblesse passagère. Ne vous ai-je pas comblé pendant tant d'années ?


Le roi se sentit pris en faute mais il était furieux, il conclut la scène en menaçant:


- Moi, je n'ai jamais eu de faiblesse et je n'en aurai jamais ! Le roi de Leinster se doit d'être puissant, il n'a pas à faiblir ! Mieux vaut mourir plutôt que de faiblir !

 

Le conteur baissa la tête en silence. Il chercha un moyen de plaire à son souverain et ne trouva qu'une petite histoire sans grand intérêt. Son envie de conter ne venait plus du coeur. Elle était dictée par le devoir et la peur.

Il parvint tout de même à dire jusqu'à ce que le roi tombe profondément endormi.

En réalité, le roi n'aurait pas changé de conteur pour tout l'or du monde. Mais il se garda bien de l'avouer. Ce soir-là, le conteur rentra dans sa maison, près du palais, fort abattu et il eut bien du mal à s'endormir.

 

Le lendemain matin, comme tous les matins, il partit se promener dans le parc alentours, là où l'inspiration lui venait. Il voulait trouver une histoire fabuleuse pour effacer la honte de la veille. Il songea à ce qu'il allait raconter. Il fit quelques essais...

"Il était une fois trois princes irlandais..." la suite ne venait pas... Alors, il essaya une autre histoire:"Il était une fois un vieux mendiant..." Mais il n'eut pas la moindre idée de ce qui pouvait bien arriver à ce pauvre homme ! Il était atterré, son imagination l'avait abandonné ! Rien, rien, ne pourrait le consoler de la honte qu'il éprouvait. Sa femme l'appela pour déjeuner mais il lui répondit:

 

- Tant que je n'aurai pas trouvé un conte pour ce soir, je ne mangerai pas la moindre miette !

 

Son épouse rentra dans la maison sans rien dire. Elle savait qu'il était inutile de répondre quoique ce soit. Le conteur continuait sa marche, il essayait différents contes mais sitôt la première phrase dite son imagination s'arrêtait. Soudain, il remarqua une grosse masse sombre à la lisière du parc. Il ne l'avait jamais vue et en fut très intrigué. Il siffla son chien favori et suivi par la bête alla se rendre compte de ce qu'était cette chose. Plus il se rapprochait plus sa curiosité était aiguisée. Cette masse semblait être ...... en effet ! c'était un homme ! un vieux mendiant en loques avec une jambe de bois, assis sur un rocher plat. Courbé, il remuait des dés dans un gobelet en bois.

 

- Que fais-tu ici ? Qui es-tu ? Que cherches-tu ?


- Ne vois-tu pas que je suis un vieux mendiant avec une jambe de bois ? Je me repose et j'attends quelqu'un qui voudra bien jouer avec moi pour me faire oublier mes peines et mes douleurs, répliqua le vieillard en marmonnant.


- Et tu crois que quelqu'un va venir ici et jouer aux dés avec toi ?


- Pourquoi pas ! J'ai sur moi assez d'or pour tenter un joueur ! répondit le mendiant en le regardant d'une étrange façon.


Le conteur pensa: si joue avec lui, j'aurai quelque chose de nouveau à raconter au roi ce soir. Alors, il s'installa sur le rocher face à lui et ils se mirent à jouer. Le conteur perdit et perdit encore... Bientôt, il ne lui resta plus un sou, ni maison, ni chiens, ni chevaux.


- Au moins, j'aurai quelque chose à raconter ce soir.... soupira-t-il furieusement.


- Joue encore, tu auras peut-être plus de chance, le tenta le vieillard.


- Tu vois bien que je n'ai plus rien à jouer, me voilà devenu plus pauvre que toi, mendiant, je n'ai même pas un bâton de marche !


- Il te reste ta femme, suggéra le mendiant.


Ils mirent la femme en jeu, et le conteur perdit encore.


- Nous allons jouer une dernière fois, dit le vieillard.


- Tu sais bien que ce n'est pas possible, répliqua le conteur en larmes.


- Toi, mets-toi comme enjeu. Si tu gagnes, tu récupères tout ce que tu as perdu plus mes ducats, si je gagne, tu m'appartiendras.


Un instant plus tard, le conteur était devenu la propriété du mendiant.


- Bien, fit celui-ci, à présent dis-moi en quoi tu veux être changé: en lièvre, en chevreuil, en renard ou en sanglier ?


- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, se lamenta le conteur, sans même trouver cela étrange tant il ressassait sa bêtise et sa faiblesse. Disons en lièvre, si cela peut te faire plaisir....


Alors, le vieillard le toucha de son bâton et aussitôt un lièvre sautilla sur la pierre qui avait servi de table de jeu. Il n'eut même pas le temps de remuer les oreilles que le chien du conteur bondit sur lui ! Il lui donna la chasse autour de la pierre, dans les allées du jardin où le lièvre pensait se réfugier et l'attrapa par le cou pour le rapporter vivant au mendiant.


- Bien ! Bon chien ! s'exclama celui-ci.


Puis il toucha à nouveau le lièvre avec son bâton et le lièvre redevint homme, un homme tout soufflant, tremblant et sanglotant.


- Il eut mieux valu me laisser dévorer par mon chien, gémit-il.


- Pourquoi ? A présent tu sais ce qu'éprouve un malheureux lièvre pourchassé par un chien de chasse et tu pourras le raconter au roi !


- Mais, qui es-tu, à la fin et pourquoi joues-tu avec moi comme le chat avec la souris ? se révolta le conteur qui commençait à voir l'incongruité de la situation.


- Si tu veux le savoir, viens avec moi, je te promets que d'ici ce soir tu auras plus de connaissances du monde et des hommes qu'auparavant.

 

Que voudriez-vous que fasse le conteur ? Il avait tout perdu. Il n'était même plus maître de lui-même ! Avait-il seulement le choix ? Il suivit le vieux mendiant.

  Ils traversèrent le jardin en suivant l'allée. Le mendiant boîtait et avançait lentement. Souvenez-vous de sa jambe de bois... Arrivés devant la grille, ils firent une pause. Le mendiant saisit le conteur par la manche et ils devinrent aussitôt invisibles. Le vieillard lui intima l'ordre de se taire et ils se rendirent au château royal. Le roi, justement achevait un copieux repas et réclamait son conteur.

Il envoya un valet pour le quérir. Le mendiant retenait le conteur qui souhaitait répondre à l'appel de son souverain.


- Non ! lui dit-il, pas encore ! Attends, je te dirai !


Le valet revint bredouille: le conteur demeurait introuvable, même sa femme ignorait où il se trouvait. Rappelez-vous, elle l'avait laissé dans le jardin bien avant la terrible recontre et ignorait tout de ses mésaventures.


- ça alors ! C'est un peu fort ! Mon conteur, à court d'idée hier soir, est introuvable ce midi ! s'emporta le roi.


Alors le mendiant chuchota au conteur:


- Voilà... Le moment est venu pour moi, laisse-moi faire, ne dis pas un mot, observe...


Il appuya contre la porte et apparut aux yeux de tous, maigre, en haillons, chaussés de souliers éculés, échevelé, sale et puant.


- Que cherches-tu ici ? grogna un soldat qui gardait la porte.


- Je suis venu pour distraire le roi. J'arrive de très loin, de vallées profondes où chantent les cygnes blancs. Une nuit, je suis sur une île, une autre sur le continent. Un soir auprès d'un roi, un autre auprès d'un prince. J'ai vu beaucoup de choses. Le roi aura peut-être plaisir à m'entendre...


Ce fut le roi, surpris mais distrait par l'intrusion qui lui répondit:


-Attends ton tour ! Je t'écouterai lorsque mes harpistes auront fini. Ce sont les meilleurs musiciens du pays. Ils viennent des quatre coins d'Irlande. Dis-moi, as-tu jamais entendu de musique aussi belle ? 


- Oui, j'en ai entendu. Oh ! Je ne dis pas que les vôtres jouent mal, mais à côté de ceux que j'ai entendus un jour sur l'Ile de Man, ils jouent comme un chat sur la queue duquel on aurait marché, ou comme des moustiques bourdonnant autour d'une torche enflammée, ou comme une mégère se disputant aigrement avec son mari !


En entendant cela, les musiciens posèrent leurs instruments. ils dégainèrent leur épée et se lancèrent à l'assaut du vieillard. Mais ils étaient si aveuglés par la colère qu'aucun coup ne le toucha, ils ne réussirent qu'à se blesser mutuellement.


- Assez !!!!!!!!! hurla le roi. Non seulement mon conteur s'est envolé mais ce vieux fou vient semer la panique parmi mes musiciens. Gardes ! Pendez-le !


Les gardes se saisirent de l'homme qui n'opposa aucune résistance. Il se laissa emmener sans broncher dans la cour où se dressait la potence et là, ils le pendirent, puis leur besogne terminée, retournèrent dans la salle du trône.

Un jongleur venait de commencer son numéro, le roi paraissait se détendre, les gardes étaient satisfaits du travail accompli, alors, sans que rien ne l'annonce, le vieux mendiant apparut à la porte tenant une chope de bière dans une main, son bâton dans l'autre.


- Nous venons de... le... pendre... balbutièrent-ils ensemble.


- Regardez-moi bien, répondit le vieillard, ai-je l'air de quelqu'un qu'on a pendu ? Pourrais-je déguster cette bière si cela était le cas ?


Et pour souligner ses paroles, il vida la chope d'un trait.

Le roi se mit à hurler et à trépigner. Les gardes coururent à la potence pour voir, de leurs yeux voir, cette chose qu'ils savaient impossible, et là, leurs cheveux se dressèrent d'effroi sur leur tête, car il n'y avait pas un mais trois pendus à la potence, et ces pendus n'étaient autre que les frères du roi !

Il était impossible de cacher une telle horreur au seigneur, aussi se rendirent-ils à nouveau dans la salle du trône, ils tombèrent à genoux devant le souverain, implorèrent sa grâce, gémirent et pleurèrent, et dirent... Désespéré, le roi se précipita jusqu'à la potence, les gardes sur ses talons, pour constater son malheur,  mais ce qu'ils trouvèrent dans la cour leur sembla encore plus terrible si cela était possible. Il n'y avait plus aucune trace des trois frères. A leur place, se balançaient les corps des musiciens avec leurs instruments.

Les gardes s'enfuirent persuadés d'une quelconque diablerie, le roi demeura planté là, stupéfait et anéanti. Seul le chef des gardes eut la présence d'esprit d'attraper le mendiant et de le traîner vers la potence.

 

- Par pitié, combien de fois vas-tu m'envoyer dans l'autre monde ? Et cela uniquement parce que la musique du roi n'est pas à mon goût ! ricana le mendiant.

 

- Qu'est-il advenu aux frères du roi et à ses musiciens, répondit l'autre.

 

- Rien, rien du tout, que veux-tu qu'il leur soit arrivé ? Regarde donc, ils sont installés là, devant la porte du château et ils semblent fort réjouis !

 

Ceux qui étaient présents tournèrent la tête dans cette direction et quelle ne fut pas leur stupéfaction de voir les trois frères du roi trinquer avec les musiciens et rire à gorge déployée. Ils se tournèrent vers le mendiant pour comprendre ce mystère, et soudain le mendiant disparut, comme s'il n'était jamais venu.

Il retrouva le conteur qui n'avait pas bougé, épouvanté puis amusé par les évènements et qui déjà se racontait de superbes histoires.

Le mendiant lui saisit de nouveau la manche et ils se retrouvèrent comme par enchantement, assis face à face sur le rocher du jeu.

 

- Reprends tout ce qui est à toi, dit le vieux mendiant, et retourne au château. Tu as maintenant de quoi conter au roi.

 

- Tu sais bien que j'ai tout perdu, même ma chère épouse, répondit le conteur en secouant tristement la tête.

 

- Tu n'as rien perdu du tout. Je n'ai pas respecté les règles du jeu en employant mes pouvoirs magiques. Comme tu as pu le constater, ces pouvoirs sont puissants. Je ne suis pas un manant mais l'enchanteur Angus. Je sais que tu es fidèle au roi et combien tu lui as rendu de bons services. J'ai juste voulu t'aider lorsque je t'ai vu dans l'embaras. N'avais-tu pas commencé l'histoire de trois princes ? Et celle d'un vieux mendiant ?

 

Le conteur n'en revenait pas ! L'enchanteur Angus, là, devant lui, et il était venu à son secours.... cela paraissait incroyable. Mais cela était.

 

- Sois tranquille, reprit l'enchanteur, je ne t'embêterai plus. Je préfère aller au château du roi et t'écouter conter, car tu es bien le meilleur des conteurs. J'ai su te transformer en lièvre, gagner au jeu, pendre et dépendre, créer l'illusion grâce à mes pouvoirs mais je serais bien incapable de conter comme toi des histoires qui sont célèbres dans tout le royaume d'Irlande.

 

Et l'enchanteur Angus disparut, une fois de plus. Le conteur se rendit directement chez le roi et lui raconta tout, du début jusqu'à la fin.

 

- S'il t'arrive un jour d'être à court d'idées, lui dit le souverain à la fin du récit, s'il te plait, redis-moi celle-ci et nous rirons bien ensemble. Et s'il m'arrivait d'oublier, ce dont je doute, combien je me suis senti faible et impuissant devant ce mendiant, alors, raconte-la moi encore, et encore. Vois-tu, une histoire bien racontée, par un très bon conteur, peut s'écouter plusieurs fois.

 


 



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