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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 08:00

 

A la demande de Nounedeb, j'ai battu les cartes. Un coup d'oeil à mon jeu...  ça va, je crois qu'une petite idée a germé!

 

 

Souvenirs  de vacances d’une sandale bleue

 

Pour une belle journée, c’était une belle journée. Elle était venue me chercher dans une petite boutique du bord de mer et avait poussé des cris joyeux, du style « magnifique ! », « juste ce que je désirais ! » et encore « j’en avais envie depuis si longtemps ! » Sa copine me toisait  méprisante… Au premier coup d’œil, j’ai compris qu’elle ne m’aimait pas. Mais elle… elle… n’en finissait pas de s’extasier : « et cette couleur ! Tu as vu sa couleur ? Superbe ! Assortie à mon paréo ! »

 

2011 Arnèche traces

 

Moi, béate, je buvais ses paroles en imaginant des promenades sur le sable. La mer d’un bleu turquoise jouait avec le soleil au zénith. De nombreux vacanciers arpentaient la promenade et il faisait bon à l’ombre de la tonnelle devant la petite boutique où elle m’avait remarquée. Bref, c’était une belle journée.

Nous étions en été. Un de ces moments magiques pendant lesquels la météo ensoleillée et les sentiments semblent s’accorder. C’est l’époque des coups de foudre. Chacun a envie d’aimer. Depuis quelques jours, j’avais vu défiler devant le magasin des couples baguenaudant  mains dans la main, des groupes d’amis gais et rieurs... L’humeur était à la fête. Un concert d’ailleurs se préparait. Des hommes forts et bronzés avaient installé une scène plus tôt dans la matinée. Elle faisait face à la mer. Ce serait une de ces soirées estivales dont parlent les journaux.  Je me prenais déjà à rêver. Peut-être aurais-je la chance d’y assister si elle concrétisait son coup de cœur…  


Projos

 

Dans le cas contraire, hélas, je ne serais pas autorisée à sortir et j’attendrais sagement dans la boutique qu’un jour nouveau se lève. N’avais-je pas droit au bonheur moi aussi ?

Béate, donc, je goûtais avec délice ses exclamations. Voilà qu’elle me trouvait adorable, jolie, gaie et tellement dans l’air du temps ! Comment voudriez-vous que je ne me sois pas laissé séduire ? En deux temps trois mouvements, l’affaire fut faite et elle me ramena chez elle. Je n’ai pas eu la chance d’assister au concert ce soir-là, il faisait un peu frais, dit-elle mais je lui tins compagnie les jours suivants. Nous allâmes à la plage, au marché, en ballade… J’étais à ses pieds lorsque fut tiré le feu d’artifice du 14 juillet. Elle n’avait pas envie d’aller danser mais nous nous arrêtâmes chez le marchand de glaces  et elle commanda un cornet spécial pistache, chocolat coiffé d’une montagne de chantilly et c’est en flânant que nous sommes rentrées à la maison.

 

Feu-d-artifice.JPG

Comme je l’aimais ! Naïve, je  croyais que ce bonheur allait durer toujours. Mais un matin, elle annonça à sa copine que le dernier jour était venu. Ses vacances étaient terminées. Elle prépara sa valise après le petit déjeuner. Insouciante, me prélassant devant la fenêtre, je la regardais plier les légères cotonnades et les ranger délicatement. Elle rassembla également les bijoux de pacotille qu’elle avait achetés au gré des marchés et ses affaires de toilette. Je me dis qu’elle allait me chausser et qu’ensemble nous passerions cette dernière journée. Ce ne fut pas le cas.

  -  Et tes horribles  trucs en plastique bleu, tu en fais quoi ?  demanda sa copine.

  -  Je te les laisse, je serais ridicule avec ça aux pieds chez moi, répondit-elle

Ainsi je n’avais été qu’une tocade d’été. Je me demandais  sans trop d’illusions ce l’autre ferait de moi. Je n’attendis pas longtemps pour être fixée sur mon sort. Sitôt rentrée de la gare où elle avait accompagnée mon infidèle amie jusqu’au train, elle me prit du bout des doigts, m’examina d’un air écœuré et me jeta dans la poubelle. J’y étais en compagnie de ma sœur jumelle. Piètre consolation. Le soir venu, elle sortit le container sur le trottoir. Un gosse qui passait par là m’attrapa et m’envoya valser d’un coup de pied jusqu’à un autre gosse qui à son tour shoota en riant. De coup de pied en coup de pied, ils arrivèrent sur la plage au cri de « Vise un peu la godasse ! Elle décolle ! »

Puis, lassés de ce jeu, ils m’abandonnèrent là. Une vague me cueillit, un galet me retint. Une autre lame plus forte m’arracha au sable, une autre m’y ramena. Puis une autre, et une autre… 

Les jours passèrent inexorablement. Le soleil et le sel ternirent la couleur qu’elle trouvait si belle. Parfois, un chien me prenait  dans sa gueule, me mâchonnait, m’abandonnait  à son tour…  Je pourrissais sur la berge parmi d’autres objets oubliés par les hommes.

 

Chaussure bleue

L’automne est venu, puis l’hiver et le printemps. Un matin, j’ai entendu des voix. Elles parlaient de pollution et de déchets. Puis une petite main m’a saisie et brandit.

-  Regarde ce que j’ai trouvé ! disait-elle

- Ah, c’est dégueulasse ! Jette ça dans le sac !

Une dernière fois, j’ai aperçu le ciel. Ensuite, tout fut noir.

 


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commentaires

T
songes des nuits d'été, médusée désabusée par l'inconséquence des humains volages, une sandale bleue attrape le blues !! je lui souhaite de retrouver les chaussettes noires dans son trou ça va<br /> swinguer !!! merci Mireille c'est juste plein d'émotion !! gros bizzzoux sur le 77, je poursuit mon tour..peut-être trouverais une autre jumelle bleue esseulée qui pourrait faire la paire :0)
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L
<br /> <br /> Bonjour Tricôtine, n'oublie pas de me faire signe si tu rencontres une autre petite bleue esseulée. Je file chez toi pour voir le défi que tu nous as concocté ... Biz <br /> <br /> <br /> <br />
H
Un très beau conte, mais quelle tristesse dans ce récit. Recyclée, elle poursuit peut-être sa vie ailleurs ...<br /> Bisous Mireille
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L
<br /> <br /> Pas très gai, c'est vrai ... mais je ne le suis guère en ce moment... ceci explique peut-être cela ! Ce n'est qu'une passade, je sais que je vais retrouver la forme. D'ailleurs, tiens ! je<br /> positive tout de suite: dans l'obscurité du sac poubelle, elle rencontre une tong de sexe masculin qui la prend sous son aile, la rassure, la protège et murmure de tendres mots ... très vite, ils<br /> se arrivent dans une usine de recyclage et après s'être avoué leur flamme, les voici qui fondent d'amour. Depuis, ils ne font qu'un ... tapis de protection sous un toboggan sur lequel des enfants<br /> se vautrent en hurlant de rire ! <br /> <br /> <br /> Alors, elle est pas belle la vie ?<br /> <br /> <br /> Bisous, Mireille<br /> <br /> <br /> <br />
E
Elle est bien belle cette histoire ! Mais comme elle finit tristement !<br /> J'ai adoré !
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L
<br /> <br /> Bonsoir Elba, tu parles sans doute de la sandale bleue ? Je suis très heureuse que tu l'aies aimée. Bonne soirée à toi, Mireille<br /> <br /> <br /> <br />
M
Elles étaient si heureuses ensemble.. aller danser et faire mille choses côte à côte.. le destin c'est le destin qui est cause de tout.<br /> J'ai aimé cette histoire.<br /> Bises de Jeanne
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L
<br /> <br /> Que nenni, le destin n'y est pour rien ! Seule l'inconstance de l'amie et la méchanceté de "l'autre" sont la cause de ce chagrin ... Bises de Mireille<br /> <br /> <br /> <br />
R
superbe récit et bien imagé, c'est un régal à lire.<br /> bisous<br /> régine
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L
<br /> <br /> Oh ! ce commentaire me touche ! Me voilà toute contente que cela te plaise ! Bisous, Mireille<br /> <br /> <br /> <br />

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